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Mode de jouir au féminin

Ce livre est paru fin d’année 2020. L’auteure, Marie-Hélène Brousse, psychanalyste à Paris, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de Psychanalyse, dédicace son ouvrage : « À Jacques-Alain Miller, dont la rencontre fut une tuché, orientant ma vie vers et dans la psychanalyse.[1]Brousse, M.-H., Mode de jouir au féminin, Navarin Éditeur, 2020, p. 7. »

D’emblée, le titre interpelle. La jouissance est une question centrale dans la psychanalyse d’orientation lacanienne et le féminin, continent noir pour Freud, reste encore à cerner. La subjectivité de Marie-Hélène Brousse est prégnante dès les premières pages. Elle se soutient de sa propre expérience d’analysante ainsi que de sa pratique d’analyste. La question du féminin s’élucide au fil de son analyse à partir d’un souvenir de toute petite enfance.

Dans son introduction, elle prend en considération les mouvements féministes de la seconde ou troisième génération qui revendiquent un droit à la jouissance pour les femmes, pour en faire ressortir la dimension phallique, en se référant aux quatre discours de Lacan. Elle montre que ces revendications s’appuient sur le discours normatif du maître contemporain. Différente est l’approche du féminin dans le discours analytique, où c’est la singularité, et non l’universel, qui prévaut.

L’auteure va ainsi développer tout au long de son écrit comment l’énigme du féminin est pensée en psychanalyse. En clinicienne, elle s’enseigne des dires déposés sur le divan, tant par des hommes que par des femmes. Sa réflexion est nourrie des enseignements fondamentaux de Freud, Lacan et Jacques-Alain Miller dont les références accompagnent l’écriture de cet ouvrage.

Un souvenir d’enfance, repéré lors de sa cure, ouvre le propos de la première partie. Il permet de distinguer le féminin de la maternité tout en prenant en compte les évolutions de la famille contemporaine, l’effacement de la mère et du père sous le signifiant parent. Le concept de vide comme élément du féminin se dégage, comme fil conducteur du propos de la deuxième partie qui se centre sur le mode de jouir au féminin.

Un paradigme préside à l’étude : « Il ne sera pas question ici des femmes ou des hommes, mais du féminin quel que soit le genre affirmé ou subjectivé par le sujet. Cela nécessite une discipline rigoureuse de retournement du discours du maître en son envers, le discours analytique.[2]Ibid., p. 62. »

Marie-Hélène Brousse s’attache à distinguer anatomie, genre et sexuation. Elle s’essaie à dégager des logiques à l’œuvre chez des analysants pour cerner un peu plus ce qu’il en est de la jouissance féminine.

À partir du concept de vide, l’auteure ouvre un dialogue avec deux physiciens en pointe de la science contemporaine, suivant en cela les orientations de Jacques Lacan et de Jacques-Alain Miller : « il est intéressant de voir si les concepts de « vide » et d’« ondes gravitationnelles » générées par la destruction des trous noirs peuvent, plongés et utilisés dans l’expérience analytique, y produire des effets de savoir.[3]Ibid., p. 81.»

Dans son écrit, Marie-Hélène Brousse fait ressortir la logique du pas-tout à partir du féminin. Cette logique apparait dans son propre parcours dans lequel s’inscrit ce livre. En conclusion, l’auteure envisage la place et le désir de l’analyste au vu des avancées de son étude.

Ce livre peut se lire comme une boussole pour sortir du discours courant sur le genre, la famille et les nouvelles façons de vivre. Des perspectives plus respectueuses des singularités des sujets parlants apparaissent, une façon de se dégager des effets de ségrégation générés par le discours du maître. C’est aussi une formidable invitation à l’étude par son côté nouveau sur un fond de questions existentielles, au plus près du réel.

Références

1 Brousse, M.-H., Mode de jouir au féminin, Navarin Éditeur, 2020, p. 7.
2 Ibid., p. 62.
3 Ibid., p. 81.

Sylvie Poinas