Rendez-vous!

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Que la rencontre avec le sexuel fasse évènement mal heureux pour tout un chacun, c’est la leçon que la psychanalyse – avec Freud d’abord, avec Lacan ensuite – a mis en circulation dans le monde. Le parlêtre, d’être précisément être de parole, se trouve mis en position délicate vis-à-vis du sexuel. Cette mauvaise rencontre peut provenir du corps lui-même, c’est le cas de Hans dont le WiwiMacher se met à remuer tout seul, ou de l’autre pour l’Homme aux loups observant la scène primitive. Il y a quelque chose de raté, et cela marque à jamais le rapport avec le sexuel et la sexualité. « Il n’y a pas de rapport sexuel » martèlera Lacan – du fait du langage – et cela sépare à tout jamais d’une quelconque homéostase dans ce registre. Avec son génie propre Lacan dira que « Là où il n’y a pas de rapport sexuel, ça fait troumatisme. »

Mais l’objet propre des J50 au-delà de la malencontre avec le sexuel qui est de l’ordre la nécessité, c’est la contingence de l’attentat en tant que tel. Quand la rencontre de structure est redoublée par un attentat sexuel, lui contingent, les conséquences pour le sujet qui est l’objet de cet attentat peuvent aller jusqu’au ravage. En particulier quand c’est la main de l’adulte qui se pose sur un enfant, comme l’écrit Laurent Dupont dans son argument pour les Journées[1]https://www.attentatsexuel.com/les-quatre-arguments/, les conséquences, incalculables, se font toujours sentir. C’est alors qu’au troumatisme de structure s’ajoute le traumatisme d’être l’objet de la jouissance d’un autre.

La clinique psychanalytique recueille les dits et les dires des analysant.e.s, et dans la cure analytique doit s’accomplir la désactivation de la jouissance mauvaise que ne manque jamais de susciter l’attentat.

Pendant les entretiens préliminaires cet analysant, à la faveur d’un rêve, retrouve les coordonnées de la première phrase qu’il dit lors du premier entretien : on ne m’écoute pas.

Le rêve : Le sujet est dans la clairière d’un bois de grands arbres. La pleine lune brille. Les branches d’un arbre se penchent vers lui, menaçantes. Il se réveille en criant. Il a mouillé son lit.

Les associations amènent un souvenir de son enfance. C’est la nuit. La famille est réunie autour de la table de la cuisine éclairée par une lampe très brillante qui forme un halo de lumière. Des voisins sont là aussi, des familiers. Le sujet est assis sur les genoux d’un oncle. Sous la table, la main de l’adulte se pose sur sa zone génitale et le caresse. Il ne peut rien dire. Il ne peut s’extraire de la situation. On ne m’écoute pas prend ici sa portée. On n’écoute pas ce qu’il n’a pas pu dire : ni mots, ni cri, ni appel – ni sur le moment, ni après. Ce rêve signe l’entrée en analyse. Les effets ne tardent pas de se produire : l’énurésie nocturne persistante chez ce sujet déjà « au mitan du chemin de sa vie » (Dante) disparaît, il peut reprendre son travail de création artistique interrompu et surtout s’engage résolument dans son analyse qui sera menée loin.

La cure analytique fait promesse qu’un bien dire – qui est toujours mi-dire – vienne border le trou-matisme du sexuel et de la mauvaise rencontre. Elle fait promesse que le mi-dire gagne sur la malé-diction du sexe. Encore faut-il que le psychanalyste se hisse à la hauteur de son acte. Cela ne va pas de soi, et cela n’a chance de s’accomplir que s’il élabore suffisamment sa pratique. C’est ce à quoi l’École le convoque en mettant à l’ordre du jour Attentat Sexuel pour ces cinquantièmes journées d’étude. Aussi, tout un.e chacun.e pourra en prendre de la graine pour sa propre pratique.

Rendez-vous.

Jean-François Cottes

Psychanalyste, membre de l'ECF