La psychanalyse, dernière fleur de la médecine ?

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La psychanalyse, dernière fleur de la médecine ? [1]Lacan J., Conférence à l’Université de Yale, Silicet n°6/7, 1976, Paris, Seuil, p. 18.

Un cartel s’est constitué, avec J.-R. Rabanel comme plus-un, comme appui au séminaire de recherche, pour mettre au travail le thème de la prochaine journée UFORCA La psychanalyse indispensable en institution, qui aura lieu le 05 juin 2021.

Au travail du cartel, le thème s’est rapidement transformé en La psychanalyse indispensable en médecine.

C’est un médecin, neurologue scientifique, S. Freud qui a découvert la psychanalyse, parce qu’il s’intéressait à la condition humaine au-delà du savoir médical et qu’il s’est prêté à écouter ce que les hystériques avaient à dire.  Avec l’interprétation des rêves et la sexualité, il a extrait la psychanalyse de la médecine et a toujours défendu la psychanalyse profane pour ne pas la laisser uniquement aux médecins.

En 1966, dans une conférence au Collège de médecine à la Pitié-Salpêtrière, Lacan nous donnait deux repères entre médecine et psychanalyse :

  • Le mode de réponse à la demande. « C’est dans le registre du mode de réponse à la demande qu’est la chance de la position proprement médicale ». Le médecin doit savoir qu’il y a une faille entre demande et désir, et qu’il n’arrivera pas à l’effacer.
  • L’autre repère est la dimension de la jouissance du corps, qui disait-il est complètement exclue de ce qu’il appelle le rapport épistémo-somatique donc la médecine.

Cette conférence a été très mal reçue par les médecins.

Aujourd’hui, contrairement au but recherché par Freud de faire reconnaitre la psychanalyse dans les universités, elle n’y est pas enseignée. Pourtant ce sont deux praxis qui n’ont pas à s’exclure. Quelque soit son mode d’exercice, le médecin rencontre toujours les limites de son savoir et peut s’enseigner à partir de ses impasses, se déloger de sa position de savoir pour écouter ce qui peut s’entendre derrière une demande insistante, soupçonner une jouissance dans le symptôme qui résiste après avoir épuisé tous les diagnostics et tous les moyens qu’offre la science aujourd’hui.

Au-delà de ses études médicales, c’est à partir de son propre questionnement que le médecin pourra s’orienter d’une écoute au-delà de la pure science afin de considérer la question du désir, de la jouissance. Freud découvre que le corps dont il s’occupe n’est pas qu’un organisme mais un corps libidinal ; un corps qui « se jouit » pour Lacan, du fait d’être affligé par le langage. Pour le dire et ainsi tenter de le faire entendre, Lacan invente deux néologismes : « Parlêtre » et « Corps parlant ».

La psychanalyse, dernière fleur de la médecine ? La réponse s’impose pour moi. Le travail dans ce cartel m’a permis d’avancer dans l’élaboration théorique d’une expérience vécue dans le réel, celle du bénéfice de ma rencontre avec la psychanalyse dans ma pratique de médecin généraliste alors que ma demande d’analyse ne relevait pas du médical, ça je le savais.

Références

1 Lacan J., Conférence à l’Université de Yale, Silicet n°6/7, 1976, Paris, Seuil, p. 18.

Michèle Bardelli