A. B. & Density
Entrée dans la salle des Remparts, village Le Broc – on suppose le nom issu de celui du rocher que l’on gravit inlassablement par une route sinueuse, ample, déliée, pour arriver. Exposition : Alain Barbier, peintre. En une phrase. Directement. Comme il a peint, une virgule ici le distingue de la peinture, donc le rapproche, avec application, une application qui ne se regarde pas en cherchant à se regarder pour être regardé. Une vidéo témoigne de son sourire : il peint et il y a le son, le rythme, le déplacement de la toile. Pas de titre. Des photos : Alain Barbier observe d’autres artistes, il scrute, là. La joie, aussi, la sienne. Les rainures sur la toile.
Alors que l’on entre, ce vendredi 9 juillet, à 18 h, pour l’inauguration de l’exposition, Density 21.5 d’Edgard Varèse, 1936, flûte traversière, nous accompagne – pas exactement encore, nous entrons avant par un premier accompagnement, une improvisation, une composition des lettres avec l’instrument qui résonne dans ce lieu dont on voit les hauteurs sans qu’elles s’imposent, improvisation avec les lettres AB – comme Bach adorait s’amuser aux improvisations avec les lettres de la nomenclature allemande de la gamme. Puis, après Varèse, Syrinx, de Debussy, 1913. Toujours la flûte traversière dans sa manière de ne pas négocier. Alain Barbier, peintre, suscite cet élan, de la flutiste Martine Darmon. Effets de timbres, claquement de clés de l’instrument. La matière sonore est sculptée dans le métal. La peinture d’Alain Barbier, peintre, est une sculpture des ondes, celles des couleurs, des timbres de ces lumières changeantes, selon l’angle, les tableaux bougent. C’est une affaire de geste, c’est une affaire de générosité du peintre.
Le contexte est extraordinaire. Un administrateur du CTR de Nonette était en télétravail, soutenu de loin par des absents ce vendredi-là, ciel sombre qui n’empêche personne, le public est nombreux. On évoque Alain Barbier, peintre, non par la biographie, mais par les choix qui sont ceux qu’il a tenus depuis sa naissance au Havre, cinquante-six ans plus tôt, celui de la rencontre pour Annie Hemery qui l’a souvent accompagné.
Le temps défile sur la toile, il s’agit d’être là, aussi, pour attester que c’est une affaire sérieuse. Jean-Robert Rabanel parlera d’accompagnement, non de recherche de progrès au sens animal dompté dans le silence des tueurs sans phrase, ce en quoi le lieu est différent – pas exactement la même qu’une entreprise de gardiennage que l’on voudrait nous faire porter.
Le conseil d’administration au complet. Il y a des rires, des sourires, on se parle, on échange des nouvelles, on raconte des anecdotes du jour ou d’hier, on a envie de cet élan et cet élan nous porte. Alain Barbier peintre nous fait nous réunir par une densité. 21,5, pour la densité du platine, de l’instrument initial pour lequel Varèse a écrit. Densité rare, donc précieuse et hors les tableaux de calcul. Alain Barbier a été accompagné, sa peinture en rend compte avec précision et rigueur.




