Éditorial Juillet 2026

Coup de tonnerre dans notre communauté analytique avec l’annonce de la décision conjointe de l’ARS et du CD 63 de la mise sous administration provisoire du Centre Thérapeutique et de Recherche de Nonette sous le prétexte – à peine déguisé – de son orientation analytique.

Une mobilisation de grande ampleur s’est aussitôt mise en marche, en direction de l’opinion publique, des politiques et des médias pour les avertir de cette décision assassine. Une pétition a été mise en ligne, comptant aujourd’hui plus de 9000 signatures.

Je remercie chaleureusement tous ceux d’entre vous qui avez témoigné à l’AGCTRN, à la direction, au responsable thérapeutique, un soutien immédiat à cette action en signant et diffusant la pétition autour de vous.

Vous avez ainsi pris la mesure que ce qui était en jeu avec cette décision – au-delà de Nonette, la mort de ce qui oriente nos pratiques partout où nous exerçons.

Je remercie vivement la Présidente de l’ECF, Laura Sokolowsky, pour son texte « Défendre Nonette », paru sur ECF Messager le 3 juillet 2026, publié dans les Dépêches du Forum des psys N°7, traduit et diffusé dans les quatre langues de l’AMP, avec l’appel à signer la pétition.

Tout est mis en œuvre par l’AGCTRN et sa direction pour ne céder d’aucune façon à une compromission avec des directives de « bonnes pratiques » incompatibles avec l’éthique psychanalytique et particulièrement néfastes pour les sujets accueillis à Nonette qui ont déjà fait entendre leur résistance à ces modes autoritaires de prise en charge.

Les partenaires territoriaux qui adressent les sujets au CTR de Nonette connaissent parfaitement la situation.

Les interventions au Forum des psy « contre–attaque » du 18 juin ont mis l’accent sur le parallélisme évident entre l’éviction de la psychanalyse dans les lieux de soin et la montée de la violence dans ces institutions qui ne sont rien d’autre que les effets de la forclusion du désir.

Les prochaines journées de l’ECF, « Le sentiment de la vie », seront l’occasion de répondre aux attaques menées contre la psychanalyse en témoignant que sa clinique ne s’appuie pas sur des dogmes, contrairement à ce qu’affirme la propagande scientiste, mais qu’elle est une pratique d’accompagnement de ce qui, de structure, est subjectivement incurable.

Dans son séminaire « Le moment de conclure », Lacan indiquait comment l’analyse ne consistait pas à guérir de nos symptômes. Plutôt permettait-elle de savoir pourquoi on en était empêtré. Passer de l’empêtrement causé par le sens à la vivacité créative du sinthome est ce qui peut s’attendre de mieux d’une analyse.

Pour Lacan, comme pour le poète, la vie est « sans pourquoi ». Il faut la vivre. Il y a un air, « l’on l’air » de rupture dans le dernier enseignement de Lacan, avec l’écriture du sinthome, où la vérité devient mirage, et qui suppose un art de faire avec la jouissance, un « art-dire ». L’art porte celui qui s’y affronte à l’épreuve d’une « jouissance d’exclure le sens » nous dit Lacan, soulignant qu’il n’y a d’éveil que par cette jouissance-là. La magnifique exposition « Alain Barbier, peintre » en est une affirmation remarquable.

« Le désir suffit à faire que la vie n’ait pas de sens à faire un lâche [1] ».

C’est cette veine que l’on retrouve tout au long du Séminaire de Lacan, convoquant pour cela des figures héroïques : Œdipe à Colonne, Hamlet, Antigone ou encore la poignante Sygne de Coûfontaine…

Personne ne nous en demande autant, sauf dans des situations exceptionnelles de danger imminent.

Nous y sommes.

L’action lacanienne se poursuit, convoquant une mobilisation sans précédent contre la coupure générale du robinet d’oxygène.

Musique !

Retrouvons-nous dès le 5 septembre pour une rentrée allegro vivace marquée du sceau du sentiment de la vie.

Bon été, bonnes lectures.

Valentine Dechambre
Déléguée régionale

 

[1]. Lacan J., « Kant avec Sade », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 782.

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Défendre Nonette – Articles parus dans la presse

Valentine Dechambre

Déléguée régionale