ÉCHO D’ÉVÉNEMENT

Une séance de l’atelier d’étude psychanalytique de Nevers

« De l’angoisse des premières pertes à l’objet a »

L’angoisse, tout en se présentant comme le signal d’un danger vital – ainsi le dit Freud -, est différenciée de l’effet de la situation traumatique que le même danger peut provoquer. Le nourrisson n’est pas assez mûr pour survivre sans aide dans le monde extérieur. Ce moment semble être la première angoisse puisqu’elle représente la séparation d’un milieu (utérin) mythiquement harmonieux.

Pourtant Lacan trouve qu’en fait, le nourrisson souffre, non pas tant de la séparation d’un monde harmonieux, mais de la perte. La toute première n’est pas la perte due à la séparation du corps maternel, mais la perte du feuillet osmotique (le placenta) qui marque la limite et la communication biologique entre le corps utérin maternel et le corps du fœtus. Les enveloppes placentaires, sans lesquelles le fœtus ne peut pas se développer dans l’utérus maternel,doivent se perdre. Elles appartiennent à l’enfant, afin que celui-ci puisse plonger dans le monde extérieur avec la première bouffée d’air… qui en fait l’étouffe. Il lui échappe à ce moment le « cri », première manifestation du bébé à sa venue au monde. C’est la première manifestation de l’objet qui s’échappe du corps et qui se « perd ». Lacan propose de situer là l’angoisse : « au moment constitutif de l’objet a ».

Première manifestation de l’objet a, objet perdu (le cri) qui n’a aucun sens avant qu’il ne soit recueilli comme signe de vie par le désir maternel — l’Autre du langage. Suivent les autres objets qui se perdent et qui ont la caractéristique d’être des objets « cessibles ». : sein, fèces et pénis. Ils ne sont pas seulement des objets « détachables », mais ils sont des objets « cédés » suite à la demande de l’Autre. Ainsi le sein est cédé par le bébé : il est sûr que c’est un objet qui appartient à sa bouche et non pas à la poitrine de la mère. L’enfant « se sèvre » en cédant le sein. Puis ce sont les fèces qui sont cédés suite à la demande de l’Autre parental : ce moment laisse une place à l’énigme fondamentale qu’est le désir de l’Autre pour l’enfant. Enfin le pénis qui, érigé en phallus érectile, cède dans la détumescence.

Lacan rajoute à ces objets déjà précisés par Freud, l’objet de la pulsion scopique, le regard, et l’objet voix de la pulsion invocante : encore des objets a qui se perdent par les orifices du corps. Pertes qui appellent l’angoisse produite par la « cession au moment constitutif de l’objet a ».

Giuseppe Falchi, Nevers, le 29 avril 2026

Giuseppe Falchi