Mille trois cents personnes étaient attendues dans le Palais des Congrès au Mont des Arts à Bruxelles, dans une ambiance légère, festive sous un beau soleil d’été.
Les travaux conduits lors des simultanées du samedi 12 juillet et lors de la plénière le dimanche 13 juillet ont été particulièrement riches en enseignement.
Au cours des simultanées, cent trente-six textes ont été présentés dans onze salles différentes, chaque salle accueillant trois séquences le matin et autant l’après-midi.
Le matin, j’ai assisté à « Introduire un manque », « Traiter son statut d’enfant adopté », et « Traitement du délire suicidaire », séquence où notre collègue Christel Astier[1] a présenté un exposé intitulé « Le choix de la différence » – et l’après-midi : « Désir d’enfant ? », « Inventions infantiles » et « Suppléances artistiques ».
Les situations présentées ainsi que les discussions ont fait état des conséquences familiales de la fonction du père « devenu vapeur » selon la formule de Jacques-Alain Miller.
Jacques Lacan en avait anticipé la suite, de longue date, en indiquant qu’au vide laissé par la fonction paternelle, s’est substituée « la montée au zénith […] de l’objet […] petit a[2] », nouvel organisateur du lien social.
Dans tous les cas présentés, c’est l’enfant qui est en place d’objet a, à partir duquel se structure la famille, parfois à grand frais.
La séparation s’avère une opération problématique dans la plupart des cas. Une question se pose pour le sujet à l’endroit du grand Autre : Veut-il me perdre ? question centrale, formalisée par J. Lacan dans le Séminaire XI[3].
En conclusion, il est apparu que la place de l’enfant comme organisateur du lien familial, nécessite plus que jamais, un traitement qui donne chance à l’invention dès lors que cette place devient problématique. Pari est fait sur les petites solutions de l’enfant qui sont à même d’alléger sa vie, en le dégageant de sa position d’objet.
À la séance plénière, Guy Briole[4] a présenté la journée en spécifiant que le malaise dans la famille fait parler comme si, après avoir bousculé les prérogatives du patriarcat, la parole s’était libérée. On y entend toutefois l’équivoque. D’une part, ça parle d’une manière plus ouverte, là où bien des choses étaient tues et d’autre part, la parole se déploie sans l’arrimage qui lui donnait cohérence.
Il a souligné comment les cas cliniques proposés la veille présentent des solutions inventives, montrant qu’on peut faire nouage autrement. On est le fils d’une époque plutôt que le fils de son père. Pour qu’un enfant s’y retrouve dans une filiation complexe, il y faut un nouage. Ce ne sont pas les liens du sang qui font la filiation. L’accent est parfois mis sur le nom, pas nécessairement reconnu comme étant celui du père mais comme celui d’une famille. D’une certaine manière, c’est faire exister le nom comme bannière qui, s’il est mis à mal, ouvre aux rivalités, à la violence, à la ségrégation. Reste à ne pas se replier dans la solitude mais à se familiariser de nouveau pour faire famille autrement.
La question de lalangue se pose. L’étrangeté n’est pas celle d’une autre langue mais celle qui tient au malentendu situé, on le sait, dans le fait même que les hommes sont des êtres de langage. Le secret y a sa place, la famille étant le lieu du secret par excellence.
L’après-midi a également été d’une grande diversité d’approches du malaise dans la famille par des exposés cliniques et la présentation d’un court-métrage avec Tom, « Restes d’images[5] ». Blandine Rinkel est venue parler de son livre « La faille » : « Quand j’écris famille, allez savoir pourquoi, je mange le m – on lit faille[6] ».
J’ai été particulièrement intéressée par l’intervention de Christiane Alberti[7] qui a rendu compte d’une évolution du statut de l’enfant. En effet, dans la famille contemporaine, on peut mesurer l’impact d’un impératif qui préside aux sociales démocraties à savoir l’égalité comme valeur suprême. Cette égalité absolue atteint désormais les rives de l’enfance au point d’inscrire une égalité de statut entre enfant et adulte, remettant en question la nature même des liens familiaux et particulièrement celle de la transmission. Le vocabulaire utilisé est celui du fonctionnement, du dysfonctionnement, de la gestion.
La famille est devenue non pas le lieu de la rencontre avec le désir de l’autre mais le noyau de la réalisation de soi. Devenir soi-même, un impératif social ! L’enfant peut alors être confronté au pire, sans le recours que constitue le symptôme.
C’est Lilia Mahjoub[8], nommée présidente de l’EuroFédération qui a conclu ce très beau congrès. Elle a repris les différentes réalités de la famille avec ce signifiant qui semble avoir toujours existé et qui a été examiné sous toutes les coutures : la famille a une réalité politique, une structure complexe, des formes démultipliées dont on ne saurait saisir le noyau.
Enfin, la famille est ce creuset où se forgent les passions de l’amour, de la haine et de l’ignorance.
Martine Andrieux
[1] Christel Astier est membre de l’ACF en Massif central.
[2] Lacan J., « Radiophonie », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 414.
[3] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 194-195.
[4] Guy Briole est psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP. Président de l’EuroFédération de Psychanalyse. Il est intervenu sous le titre, « Modernité, secret et malaise ».
[5] « Restes d’images » est le titre de la séquence.
[6] Rinkel B., La faille, Paris, Stock, 2025, p. 17.
[7] Christiane Alberti est psychanalyste, membre de l’ECF et présidente de l’Association Mondiale de Psychanalyse. Elle est intervenue sous le titre, « Qu’est-ce qu’un enfant ? ».
[8] Lilia Mahjoub est psychanalyste, membre de l’ECF et de l’AMP. Nouvellement nommée présidente de l’EuroFédération de Psychanalyse.






