Le 16 juin 2025, l’ACF en Massif central a organisé une soirée préparatoire au 8e congrès européen de psychanalyse PIPOL 12, qui s’est tenu les 12 et 13 juillet 2025 à Bruxelles sous le titre, « Malaise dans la famille ».
Bruno de Halleux, psychanalyste, membre de l’ECF et responsable des simultanées cliniques de PIPOL12 nous a fait l’honneur de participer à cette soirée et d’animer la discussion à partir d’exposés cliniques de praticiens issus du champ médicosocial.
Grâce à l’implication de chacun, cette rencontre s’est avérée être une opportunité de travail, et a porté le souffle de la cause analytique dans son lien à l’ECF.
Chaque intervenant, avec sa manière de dire, a témoigné d’une pratique que le « malaise dans la famille » interroge.
Si les institutions sont au premier plan pour témoigner des conséquences de la distance opérée entre le fonctionnement familial actuel et l’idéal familial passé, la famille est également la première institution humaine ayant, comme l’indique Jacques Lacan, « pour essence et non pour accident, de réfréner la jouissance[1] ».
Le thème du congrès questionne l’évolution du concept de famille en lien avec le déclin du complexe d’Œdipe.
Il a été remarqué l’important travail de références bibliographiques, l’intérêt des podcasts, des blogs, comme de l’argument de Katty Langelez-Stevens.
Cette rencontre a posé diverses questions relevées par la discutante de la soirée, Nadège Talbot. Quels sont les nouveaux symptômes qui accompagnent ces mutations de la famille ? Que nous enseigne le discours des sujets rencontrés par rapport aux nouvelles structurations familiales ? Quelle est la part du sujet, en tant qu’enfant, parent, dans les drames familiaux ?
Les différents exposés cliniques ont tenté d’aborder ces points à partir du remaniement du concept de famille, mettant en lumière les bricolages nécessaires, au un par un, pour réinventer ce lien social particulier. S’ils ont évoqué la famille comme la première institution humaine ; ils ont également fait entendre que lafamille « normale » n’existe pas. C’est un lieu où émergent le malentendu, les déceptions, l’invraisemblable. C’est le réel de famille. « La crise […] se trouve au fondement même de la famille » spécifie Daniel Roy dans le texte d’orientation[2] de la 7ème journée de l’IPE[3].
Les travaux présentés ont montré que la famille n’a rien de naturel comme l’évoque Jacques Lacan dans ses propos sur la parenté dans « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu[4] ».
Il s’est agi d’interroger le rapport de l’enfant à la famille, aux institutions particulières comme l’Aide Sociale à l’Enfance dans son rôle de protection.
Comment accueillir le parlêtre et sa jouissance en excès ? La complexité de chacun ne peut se régler uniquement en référence au comportement. Il convient plutôt de préserver la parole, avec le malentendu qu’elle comporte, comme fonction du lien à l’autre.
La « plateforme » pour les familles, signifiant contemporain de la gestion, évoque d’abord un lieu de ressources normées. Prise du côté de l’accueil, la plateforme cesse d’être une promesse de solutions pour devenir l’espace où la famille peut être entendue au-delà du seul diagnostic, là où chacun peut dire son impasse et ses bricolages. C’est dans cet écart à la logique de la performance, quand les parents sont entendus autrement que comme « aidants » ou techniciens du soin, qu’une trouvaille singulière peut advenir : un pas de côté, une surprise, une voie propre à chaque famille et à chaque enfant.
La famille enfin, laisse entendre que le dysfonctionnement consiste à ne pas vouloir savoir, alors que la famille est déjà un mode de traitement de la jouissance des corps, que la famille ne répond à aucun idéal mais plutôt à une « religion privée[5] ».
Les exposés ont exprimé ainsi, dans une énonciation singulière, la portée du « cas particulier » dont Lacan dit que l’objet ne se présente pas avec les caractères de la généralité, mais avec ceux de la particularité.
Alexandre Fernandez
[1] Lacan J., « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres Écrits, Paris, Seuil, p. 364.
[2] Roy D., « Orientations », Enfants terribles et parents exaspérés, Paris, Navarin éditeur, 2023, p. 12.
[3] IPE : Institut psychanalytique de l’Enfant du Champ freudien.
[4] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 23-84.
[5] Roy D., « Quatre perspectives sur la différence sexuelle », Présentation du thème de la 8e journée de l’institut de l’Enfant, « Rêves et fantasmes chez l’enfant ».
https://institut-enfant.fr/orientation/presentation-du-theme/quatre-perspectives-sur-la-difference-sexuelle/






