3 QUESTIONS À…

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Valentine Dechambre a rencontré Hervé Damaseco-directeur de la 6e Journée d’étude de l’Institut psychanalytique de l’Enfant (JIE), La sexuation des enfants le 13 mars 2021 en visioconférence.

Inscriptions en ligne sur https://institut-enfant.fr/

Valentine Dechambre : La prochaine JIE met au travail la clinique de la sexuation. La psychanalyse a-t-elle encore des choses à nous apprendre sur ce thème éminemment freudien ?

Hervé Damase : C’est à Jacques-Alain Miller que nous devons ce titre La sexuation des enfants. Il fait directement référence au Séminaire XX, Encore, dans lequel Lacan « lâche la main de Freud», justement, pour aborder la psychanalyse à partir de la question de la jouissance. C’est un nouveau champ clinique qui s’ouvre là, un pari aussi bien. Pour cette 6e Journée de l’IE, il va s’agir de prendre la mesure de la prise en compte de cette clinique dans la praxis psychanalytique auprès des sujets enfants. Freud, c’est vrai, a découvert la sexualité infantile, dans le sens d’une quête avide et incessante de satisfaction. Lacan, quant à lui, considère le réel de jouissance une. Pour cela, il nous invite à prendre en compte la jouissance féminine comme hétéro, autre à soi-même. Cela est-il repérable dans la clinique infantile contemporaine ? Nous n’avons pas la réponse d’emblée, cette Journée est donc aussi, et peut-être avant tout, une exploration. Ce qui devrait la rendre d’autant plus attrayante.

Valentine Dechambre : L’enfant en souffrance dans son sexe fait actuellement l’objet de nombreux documentaires, articles grand public montrant la science en position de faire bouger l’ordre social sur cette question. Que répond la psychanalyse à cette apparente position subversive de la science ?

Hervé Damase : En effet, l’enfant est pris comme objet, et cela n’est sans doute pas propre à notre époque, puisque depuis son invention[1]Cf.  les travaux pionniers de l’historien Philippe Ariès : L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon,1960., il occupe ce statut dans le discours de l’Autre. C’est à la psychanalyse que l’on doit de l’avoir fait accéder au statut de sujet à part entière. Ce qu’on ne lui pardonne pas… Bref, il semble en effet que notre époque voue un goût particulier à la «scientifisation», entre science-fiction et fantasmatisation.

L’enfant, il est vrai, se prête spécialement à cela. En tire-t-il un bénéfice ? On ne saurait dire. Certaines productions mass-médiatiques récentes mettent en avant quelques spécimens infans dont on veut faire valoir leur choix pour un sexe, qui ne serait pas celui que la nature leur a décerné. Très bien. Mais il ne faudrait pas non plus que ce soit l’arbre qui cache la forêt de notre riche expérience clinique orientée par la psychanalyse lacanienne. C’est justement le pari de la JIE6 que de lever le voile, ou du moins un bout, sur cette dernière.

Valentine Dechambre : Cette Journée d’étude donne lieu à une intense préparation avec des articles et des ateliers on line passionnants et très suivis. Est-ce à dire que le thème ne fera plus « mystère » le jour J ?

Hervé Damase : Cette Journée est à bien des égards d’ores et déjà exceptionnelle, et, pourrais-je dire, à notre corps défendant ! Le contexte de la pandémie est venu nous faucher dans notre élan initial. Après un temps de suspens, certes bref mais nécessaire, il nous a fallu tout réinventer, notamment au niveau de la préparation, mais également au niveau de l’organisation. Nous nous sommes pour cela appuyés sur l’existant, je pense notamment à nos newsletters du Zappeur et de Zapresse, que l’on utilise à fond, mais également sur ce que la technologie nous offre comme possibilité finalement. C’est ainsi que nous avons pensé la tenue d’un Séminaire de l’Atelier de l’IE qui rencontre un succès d’audience. Et puis nous nous sommes finalement orientés vers une Journée en visioconférence. Le pari initial se trouve ainsi mis au carré, si je puis dire. Quant au mystère auquel tu fais référence, je ne sais si même après la Journée il sera dissipé. Pour ma part, j’espère que non, car en bon lacanien, nous pouvons affirmer qu’il tient à l’existence même du corps parlant comme tel.

Inscriptions en ligne sur https://institut-enfant.fr/

Références

1 Cf.  les travaux pionniers de l’historien Philippe Ariès : L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon,1960.

Hervé Damase

Psychanalyste, membre de l'ECF