« Stylé ! » Écho du café-cartel

© Aurélie Boissinot

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En ce début d’année 2025, la délégation Brive-Limoges-Tulle de l’Association de la Cause freudienne en Massif central a renouvelé son invitation à nouer l’étude du thème choisi cette année « Le style » avec le dispositif du cartel.

Le vendredi 10 janvier 2025, en soirée, une vingtaine de personnes a fait le déplacement au café L’Internationale à Limoges pour cette rencontre inaugurale nommée, « café-cartel », en présence de Jean-Pierre Rouillon, psychanalyste membre de l’ECF et délégué aux cartels de l’École pour l’ACF en MC.

La discussion a interrogé les déclinaisons contemporaines du style à partir de la formule fulgurante : « Stylé ! ».

« Stylé ! » est un signifiant vedette du discours courant, une façon de dire, que l’on entend chez les jeunes et dans la publicité. Cette formule relève d’une nomination qui vient épingler un trait qui attire ou repousse, et sur lequel on ne peut pas mettre de savoir. À ce titre, cela intéresse le champ de la psychanalyse. Comment parler et écrire sur ce qui ne peut pas se dire ?

J.-P. Rouillon a rappelé comment, historiquement, Jacques Lacan a introduit le dispositif du cartel comme modalité nécessaire à la formation de l’analyste nommé membre de son École à partir de ses travaux, à rebours d’une formation standardisée et des nominations par cooptation alors en cours à l’IPA [1]. Tout au long de son enseignement, J. Lacan a tenté de définir ce qui ne se cerne pas. Dans cette perspective, le travail en cartel permet d’aborder à plusieurs ce qui est de l’ordre de l’impossible. J.-P. Rouillon a précisé : – à propos de la dimension d’énigme de « Stylé !» – « On ne peut pas rester sans en parler ».

C’est alors qu’une participante a souligné que le style a une place de choix dans l’enseignement de Lacan, notamment dès la première phrase des Écrits où il cite Buffon : « Le style est l’homme même [mais ajoute aussitôt] en rallierons-nous la formule, à seulement la rallonger : l’homme à qui l’on s’adresse ? [2] », pour poursuivre : « C’est l’objet qui répond à la question du style, que nous posons d’entrée en jeu [3] ».

La discussion a mis en tension le style et la manière dont chacun fait avec sa jouissance. Comment le style permet-il un point de régulation pulsionnelle ? Un détail, une coquetterie, une délicatesse, un trait singulier – le style serait donc ce qui tient la vie.

Comment entendre alors le style qui fait école ? C’est un paradoxe. Comment un style se distingue-t-il pour devenir un style reconnaissable parmi tous – le style Coco Chanel, le style Le Corbusier ? Il est au départ une invention qui vient faire rupture avec ce qui était établi jusqu’alors. Il change le rapport des gens à un objet ou à une forme instituée. Il se construit progressivement jusqu’à faire école.

Aujourd’hui, avons-nous affaire à un changement de paradigme ou plutôt à une pluralisation et à un éparpillement des styles : styles prêts à l’emploi, prêts à porter ? Le style en tant qu’il se démarque peut alors devenir indice d’appartenance à une communauté, phénomène que l’on rencontre notamment chez les adolescents. Ce style vise le collectif. A contrario du style comme rapport singulier de chacun à sa jouissance, une façon de vivre, de supporter la vie.

Au regard de l’expérience analytique, Francesca Biagi Chai [4] lors d’une Conversation avec le CPCT-Parents à Rennes le 11 décembre 2015 avait proposé d’appréhender le style comme devenir du symptôme, délesté de la souffrance, à la fin d’une analyse. Il avait été rappelé que la manière d’être dans le monde, sous laquelle on se présente dans les liens à l’autre, n’est pas pure volonté ou pur désir. Elle est colorée de tout ce qui anime, de tout notre imaginaire, notre style, notre réel. Et, évidemment, c’est ce que les autres reconnaissent tout de suite. 

Enfin, comment approcher la dimension du style chez les artistes ?

En conclusion de cette première soirée, une proposition a été formulée à chacun qui souhaite s’engager et poursuivre la réflexion par la constitution d’un cartel, de noter ses coordonnées et les questions qu’il désire mettre à l’étude.

Des retours d’expériences, des points d’étape, des rencontres connexes, sont envisagés pour poursuivre et ponctuer le travail qui s’engage.

Fanny Laramade et Nadine Farge

Références

Références
1 Association Internationale de Psychanalyse.
2 Lacan J., « Ouverture de ce recueil », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 9.
3 Ibid., p. 10.
4 Francesca Biagi Chai est psychanalyste membre de l’ECF.

Fanny Laramade et Nadine Farge